Quand Dieu restaure notre maison intérieure

Sur le chemin de la guérison de nos blessures
Nous portons tous en nous des blessures.
Certaines sont légères et s'effacent avec le temps. D'autres sont profondes, parfois anciennes, et continuent de nous faire souffrir longtemps après les événements qui les ont provoquées.
Une humiliation, une trahison, une injustice, un abandon, une violence subie… Il arrive que ces expériences atteignent ce qu'il y a de plus intime en nous : notre dignité, notre confiance, notre identité, parfois même notre capacité à aimer et à nous laisser aimer.
Ces blessures peuvent modifier notre regard sur nous-mêmes, sur les autres et jusque sur Dieu.
Nous aimerions les oublier, tourner la page, reprendre notre vie comme avant. Mais il ne suffit pas toujours de décider de ne plus souffrir pour que la souffrance disparaisse.
Alors, une question se pose : comment retrouver la paix lorsque notre histoire nous a profondément blessés ?
Et quelle place Dieu peut-il prendre dans cette guérison ?
Notre âme ressemble à une maison
J'aime comparer notre vie intérieure à une maison.
Au fil des années, nous la construisons. Nous y aménageons des pièces, nous y ouvrons des fenêtres, nous y accueillons des personnes. Nous y conservons aussi nos souvenirs, nos joies, nos espérances.
Mais il arrive qu'une tempête survienne.
Parfois, ce n'est qu'une fenêtre brisée, une toiture endommagée. D'autres fois, c'est un véritable incendie qui ravage une partie de la maison. Certaines expériences peuvent même en ébranler les fondations.
Ainsi en est-il de nos blessures intérieures.
Une parole humiliante peut laisser une trace durable. Une trahison peut détruire notre confiance. Une violence peut nous enfermer dans la peur. Et certaines blessures, longtemps dissimulées, continuent silencieusement de gouverner nos réactions et nos relations.
Guérir, ce n'est pas faire comme si la tempête n'avait jamais eu lieu. C'est permettre à la maison d'être progressivement restaurée, pour qu'elle redevienne habitable.
Les cicatrices peuvent demeurer. Les souvenirs aussi. Mais ils ne nous dominent plus de la même manière.
Et cette reconstruction, nous ne pouvons pas toujours l'accomplir seuls.
Nous avons parfois besoin d'amis, de frères et sœurs dans la foi, d'un accompagnateur spirituel, d'un psychologue ou d'un médecin.
Ce sont, en quelque sorte, des artisans de notre maison intérieure.
Dieu peut se servir de chacun d'eux.
Des histoires de blessures et de restauration
La Bible ne nous propose pas une méthode universelle de guérison intérieure. Elle nous raconte plutôt des histoires d'hommes et de femmes que Dieu a rencontrés au cœur de leur humanité blessée.
Pensons à Joseph.
Trahi par ses frères, vendu comme esclave, injustement emprisonné, il avait toutes les raisons de nourrir une profonde amertume.
Et pourtant, des années plus tard, lorsqu'il retrouve ses frères, il peut leur dire :
« Vous aviez médité de me faire du mal : Dieu l'a changé en bien. » (Genèse 50.20)
Joseph ne nie pas le mal qu'il a subi. Il ne prétend pas que la trahison était bonne. Mais il a découvert que cette injustice n'avait pas eu le dernier mot sur son existence.
Dieu avait été présent dans son histoire, jusque dans ses heures les plus sombres.
Pensons aussi à David.
Lui n'est pas d'abord la victime, mais celui qui a blessé. Son adultère avec Bath-Shéba et la mort d'Urie dont il porte la responsabilité ont laissé derrière eux des vies brisées.
Lorsque le prophète Nathan le confronte à sa faute, David finit par reconnaître son péché.
Le Psaume 51 nous fait entrer dans cette repentance profonde :
« Ô Dieu ! crée en moi un cœur pur. » (Psaume 51.12)
David ne peut pas effacer ce qu'il a fait. Mais il peut revenir à Dieu, recevoir son pardon et commencer un chemin de restauration.
Et puis il y a Jacob, cet homme si complexe, tour à tour trompeur et trompé, blessant et blessé.
Il lui faudra bien des années, des épreuves et cette mystérieuse lutte avec Dieu au gué du Jabbok pour commencer à devenir un autre homme.
Ces trois histoires nous rappellent une vérité essentielle :
Dieu ne restaure pas tous les êtres humains de la même manière. Il rejoint chacun dans la singularité de son histoire.
Repentance, pardon et réconciliation : trois chemins différents
Lorsque nos blessures sont liées à des relations humaines, trois mots reviennent souvent : repentance, pardon et réconciliation.
Mais ces trois réalités ne doivent pas être confondues.
La repentance concerne celui qui a commis le mal. Elle suppose de reconnaître sa responsabilité, de regretter sincèrement ses actes et, lorsque cela est possible, de chercher à réparer ce qui peut l'être.
Le pardon concerne celui qui a été blessé. Il peut devenir un chemin de libération intérieure, en permettant progressivement de renoncer à entretenir la vengeance et la haine.
La réconciliation, quant à elle, suppose une rencontre possible entre deux personnes. Elle demande de la vérité, une responsabilité assumée et une confiance qui puisse être reconstruite.
Or, dans notre monde, ces trois chemins ne se rejoignent pas toujours.
Il arrive que celui qui a blessé ne reconnaisse jamais sa faute. Il arrive qu'aucune réparation ne soit possible. Il arrive aussi qu'une relation ait été tellement destructrice qu'il soit nécessaire de maintenir une distance protectrice.
Pardonner ne signifie pas nier le mal, excuser l'injustice ou s'exposer de nouveau à la violence.
Et la réconciliation n'est pas toujours possible, ni même souhaitable.
Pourtant, même lorsque la justice humaine demeure incomplète, un chemin de guérison peut s'ouvrir.
C'est ici que la présence de Dieu prend une dimension particulière.
Dieu n'est pas indifférent à nos blessures
Il est une vérité que nous avons parfois du mal à accueillir : Dieu connaît nos souffrances.
Non seulement il les voit, mais, en Jésus-Christ, il est entré lui-même dans notre condition humaine blessée.
Le prophète Ésaïe annonçait un serviteur « méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et habitué à la souffrance » (Ésaïe 53.3).
Jésus a connu la trahison, l'injustice, l'humiliation, le rejet et l'abandon.
Il a connu la souffrance physique, mais aussi cette souffrance morale que provoquent l'incompréhension, la solitude et la violence des hommes.
Il n'est donc pas un Dieu lointain qui observerait nos blessures sans les comprendre.
Il est celui qui s'est approché de nous jusqu'à partager notre souffrance.
Et sur la croix, il a porté notre péché pour nous ouvrir un chemin de réconciliation avec Dieu.
Cela ne signifie pas que toutes nos blessures disparaîtront instantanément parce que nous croyons en lui.
Mais cela signifie que nous ne sommes jamais seuls au milieu de nos blessures.
Le Seigneur nous invite :
« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » (Matthieu 11.28)
Quelle parole extraordinaire !
Jésus ne nous demande pas de réparer d'abord notre maison pour qu'il accepte d'y entrer.
Il nous invite à venir à lui avec ce que nous sommes, avec notre fatigue, nos contradictions, nos blessures et nos ruines.
Ne pas demeurer prisonnier de ses blessures, mais demeurer en Christ
Il existe une tentation subtile : celle de laisser nos blessures définir toute notre identité.
Nous finissons parfois par ne plus nous regarder qu'à travers ce qui nous est arrivé.
Je suis celui qui a été abandonné. Celle qui a été trahie. Celui qui n'a jamais été aimé. Celle à qui l'on a fait du mal.
Ces événements font partie de notre histoire, mais ils ne disent pas toute la vérité sur notre personne.
Nous sommes davantage que nos blessures.
Dans l'Évangile de Jean, Jésus nous adresse une invitation qui peut transformer notre vie :
« Demeurez dans mon amour. » (Jean 15.9)
Demeurer en Christ, c'est apprendre à ne plus vivre uniquement à partir de notre passé, mais à partir de la relation vivante qu'il nous offre aujourd'hui.
C'est laisser progressivement son amour rejoindre ces lieux intérieurs où règnent encore la peur, la honte, la colère ou la tristesse.
Paul écrit :
« L'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. » (Romains 5.5)
Cet amour n'est pas seulement une vérité à comprendre intellectuellement. Il peut devenir une réalité intérieurement vécue, accueillie dans la prière, la méditation de la Parole et la relation quotidienne avec le Seigneur.
Peu à peu, notre regard peut changer.
Nous ne sommes plus seulement celui ou celle qui a été blessé, rejeté ou humilié.
Nous sommes aussi, et avant tout, un enfant aimé de Dieu.
Cette découverte ne supprime pas nécessairement toutes les conséquences psychologiques d'un traumatisme. Certaines demandent un accompagnement spécialisé, parfois long.
Mais elle peut devenir une source profonde de consolation, de force et d'espérance.
Remettre notre besoin de justice entre les mains de Dieu
Certaines blessures demeurent douloureuses parce qu'elles s'accompagnent d'un profond sentiment d'injustice.
Pourquoi m'a-t-on fait cela ?
Pourquoi celui qui m'a blessé ne reconnaît-il pas sa faute ?
Pourquoi Dieu a-t-il permis que cela arrive ?
Ces questions sont légitimes. La Bible elle-même donne une large place aux cris de ceux qui souffrent injustement.
Pensons aux psaumes de lamentation, dans lesquels les croyants osent exprimer devant Dieu leur incompréhension, leur colère et parfois même leur désespoir.
Dieu ne nous demande pas de dissimuler notre souffrance derrière une apparence de piété.
Mais il nous invite aussi à lui remettre notre désir de vengeance.
« À moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur. » (Romains 12.19)
Cette parole ne nous interdit pas de rechercher la justice humaine, de protéger les victimes ou de demander réparation.
Elle nous rappelle que nous n'avons pas à porter seuls le poids de rendre une justice définitive.
Nous pouvons confier à Dieu ce qui nous dépasse.
C'est parfois une étape importante de la guérison : renoncer à laisser l'injustice subie gouverner toute notre existence.
Non parce que le mal aurait cessé d'être grave, mais parce que nous choisissons de ne plus lui abandonner notre avenir.
Une reconstruction qui demande du temps
Une maison ravagée ne se reconstruit pas en un jour.
Il faut parfois commencer par déblayer les décombres, consolider les fondations, réparer les murs, avant de pouvoir de nouveau ouvrir les fenêtres à la lumière.
Il en est souvent ainsi de notre vie intérieure.
Certaines guérisons sont rapides, d'autres demandent des années. Certaines blessures s'apaisent profondément, tandis que d'autres laissent des fragilités avec lesquelles nous devons apprendre à vivre.
Il serait dangereux de promettre à une personne blessée qu'une prière, une parole d'autorité ou un acte de foi suffira nécessairement à la guérir.
Ce serait risquer d'ajouter à sa souffrance une culpabilité supplémentaire : celle de ne pas avoir assez cru.
La guérison intérieure ne se commande pas.
Elle ne peut être imposée, ni précipitée.
Elle demande du respect, de la vérité, de la liberté et souvent beaucoup de patience.
Nous pouvons cependant garder confiance dans cette promesse de l'Écriture :
« Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. » (Romains 8.28)
Cela ne signifie pas que toutes choses sont bonnes.
Le mal demeure le mal. L'injustice demeure l'injustice. La souffrance n'est pas en elle-même une bénédiction.
Mais Dieu est capable de faire surgir du bien jusque dans une histoire marquée par le mal.
Il peut ouvrir un avenir là où nous ne voyions plus qu'une impasse.
Laisser entrer la lumière
Revenons une dernière fois à notre maison intérieure.
Peut-être certaines pièces sont-elles encore fermées.
Peut-être avons-nous soigneusement verrouillé une porte derrière laquelle se trouvent des souvenirs trop douloureux.
Peut-être avons-nous appris à vivre en évitant certaines parties de nous-mêmes.
Dieu ne vient pas enfoncer ces portes.
Il ne violente pas notre liberté.
Il se tient auprès de nous, avec patience, et nous invite à lui faire confiance.
Il peut nous aider à ouvrir progressivement ce qui était fermé, à regarder avec vérité ce que nous avions peur de voir, à accueillir son amour là où nous nous pensions définitivement abîmés.
Et parfois, nous découvrons que cette maison que nous pensions irrémédiablement détruite peut redevenir un lieu de paix.
Non pas une maison sans histoire, sans fissures ni cicatrices.
Mais une maison habitée.
Habitée par la présence de celui qui a promis :
« Je ne te délaisserai point, et je ne t'abandonnerai point. » (Hébreux 13.5)
La guérison intérieure n'est pas d'abord une méthode à appliquer. C'est un chemin à parcourir, avec Dieu et, lorsque cela est nécessaire, avec ceux qu'il place auprès de nous.
Un chemin parfois long, parfois difficile, mais sur lequel nous pouvons apprendre à découvrir que nos blessures n'ont pas le dernier mot.
Car notre histoire ne se résume pas à ce que nous avons subi ou à ce que nous avons fait.
Elle s'inscrit dans une histoire plus grande : celle de l'amour de Dieu qui nous cherche, nous relève et nous prépare à vivre éternellement avec lui.
Un jour, toutes choses seront renouvelées.
Et ce jour-là, notre guérison sera parfaite.
En attendant, nous pouvons déjà laisser entrer un peu plus de sa lumière dans notre maison intérieure.
« Il guérit ceux qui ont le cœur brisé, et il panse leurs blessures. »
Psaume 147.3
Olivier Bourgeois